lundi 2 mai 2011

Nicolas Sarkozy, cet animal politique

Comme beaucoup de personnes attentives à la vie politique française, j'ai vu arriver dans cette sphère, il ya une dizaine d'années, un individu qui semblait préssé de réussir, préssé d'atteindre son but (lequel?), bousculant (presque) tout sur son passage, et ne laissant (pratiquement) aucun espace à ses adversaires du moment, et encore moins à ceux du futur...

Mais comme beaucoup d'observateurs, j'ai eu la faiblesse de ne voir en ce monsieur, que ce que le présent me montrait de lui, faisant ainsi abstraction d'une théorie vieille comme le monde et pourtant toujours d'actualité, qui affirme que pour comprendre un fait ou un Homme, il est important de remonter dans son histoire.

Arrivé au pouvoir comme si ca lui était dû, après avoir laminé Ségolène Royale lors du débat d'entre deux tours, Nicolas Sarkozy a réussi au moins une chose dès le soir de sa victoire, il a crée la polémique.

Parce qu'il n'est jamais trop tard, j'ai eu l'occasion seulement maintenant, de mieux connaître cet individu, que je n'apprécie pas forcement en tant qu'homme, mais que je respecte en tant qu'homme politique, je voulais dire, en tant qu'animal politique.

En remontant donc dans son passé, j'ai été emerveillé de constater que sa courbe actuelle, est simplement la résultante de son histoire, et ca m'a confirmé qu'en chaque bourreau se cache en réalité une victime, et que les échecs, les blessures, ont ceci de vrai, qu'ils fabriquent des monstres, qu'ils mettent en place une rage, une ambition, et permettent à la personne qui réussit à en tirer profit, de dessiner un destin qui sera, et je pèse mes mots, exceptionnel.

Nicolas Sarkozy, puisqu'il s'agit de lui, n'est pas né dans une famille démunie, loin de là...mais très vite, il a connu les frustrations propres aux enfants dont les parents divorcent...et pire encore, à une époque et dans une classe sociale où le divorce était perçu réellement comme un échec, une honte, voire même une malédiction.

Second enfant d'une famille de trois, il a vu sa mère se battre pour l'éducation de ses frères et de lui, et il a vu son père détourner son regard d'eux, profitant à pleines dents de la vie: argent, femmes, plaisirs profanes...

C'est donc rempli de ces frustrations, qu'il entre dans la phase la plus complexe de la vie d'un garçon, la puberté...entre les regards narquois qu'il reçoit du fait que sa mère soit une divorcée, et les regards rieurs de ses camarades qui commentent sa petite taille, il devient une boule, mais une boule de feu.

Comme beaucoup de personnes frustrées, complexées et voulant prendre une revanche sur la vie, sa sympathie pour le pouvoir s'est transformée en sa quête, par tous les moyens et à tous les prix...et qui dit quête de pouvoir dit forcement politique, car c'est un moyen sûr de grimper dans l'echelle de la société, un moyen sûr d'avoir une tribune, des fans, un moyen sûr de se faire un nom, et d'en user. Nicolas a donc vite compris les bienfaits de la politique, et s'y est lancé tôt, usant de finesse parfois, de brusquerie à certains moments, mais toujours d'opportunisme, car c'est l'essence même de cette sphère.

Maire de Nueilly à 28 ans, de surcroît en lieu et place d'un élephant de la Droite, Charles Pasqua (excusez du peu)...Nicolas réalise donc son premier grand coup d'éclat politique, attire les regards et s'impose dans le cercle assez réduit des personnes que Jacques Chirac apprécie...

Il devient très vite un incontournable...et se transforme en génie communicationnel pour le candidat Chirac, son devenu père spirituel en politique. Nouvelle forme de communication, rajeunissement des concepts utilisés et même de la manière dont ils sont utilisés, Nicolas ne rate aucune occasion d'impréssionner son parrain, d'anticiper sur ses adversaires et de consolider ses acquis.

Comme dans tout parcours, l'expérience découle de la somme des erreurs, pour peu que l'on en tire les leçons qui s'imposent...et la principale erreur de Nicolas Sarkozy aura été de s'allier à Edouard Balladur, bras droit de Chirac, qui est devenu Premier Ministre sous Mittérrand, à quelques mois de la Présidentielle qui portera Chirac au pouvoir.

En effet, Chirac, patron de la majorité, refuse d'occuper une seconde fois le poste de Premier Ministre sous Mittérrand, d'abord parce que la première cohabitation a été catastrophique pour lui, ensuite parce que fort de son expérience, il sait qu'un Premier Ministre, même bon, ne fait jamais un bon candidat pour une campagne présidentielle. Donc c'est son plus fidèle lieutenant, Edouard Balladur, qui va à Matignon, avec pour seul but annoncé, de préparer la victoire de Chirac à la présidentielle à venir.

Mais le pouvoir ayant cette particularité que plus on s'en rapproche, et plus on en veut, Edouard Balladur commence au fil des mois, à croire aux sondages qui le mettent en pôle position des possibles Présidents de la France. Il décide donc au final de se présenter, et prend comme lieutenant, un Nicolas Sarkozy qui se voit déjà Premier Ministre....et qui par "sincérité intellectuelle", annonce à Chirac qu'il va se mettre à la disposition totale de Balladur. Même habitué à des trahisons de toutes sortes dans une vie politique déjà bien chargée, Jacques Chirac subit ce coup de poignard comme la trahison du fils qu'il n'a jamais eu, et à qui il a ouvert ses bras, sa famille et même son coeur...

Comme dans toute probabilité dès lors qu'il s'agit de trahison, il ya une chance sur deux de réussir son coup, et Sarko l'a appris à ses dépens, quand Balladur a perdu son pari, et en plus, Chirac est devenu Président de la République française. Ceci a donc poussé Sarkozy dans une longue traversée du désert....lâché par tous, ignoré par beaucoup. Quand il a fini de boire la tasse, il a eu l'intélligence de se rapprocher de la personne capable de comprendre mieux que tous, en quoi il valait mieux l'avoir avec, que contre soi, je parle de Bernadette Chirac.

Cette dernière a réussi tant bien que mal, à rassembler un camp, qui a su/pu donner une seconde victoire à son époux de Président. Mais durant son second mandat, Chirac a veillé à ne pas trop donner les coudées franches à Sarkozy, qui déclarait sans plus se cacher, qu'il briguerait la Présidence de la République française.

La derière flêche qui lui manquait, était alors la machine de guerre qu'est pour tout politicien, un parti. Méthodiquement, il est devenu incontournable, tant en éliminant ses adversaires, qu'en utilisant bien le parti dont il était passé patron, et aussi en réussissant sur des térrains aussi sensibles que le Ministère de l'Intérieur.

Essouflé par tous ces combats, et affaibli par les départs (faux comme vrais) de son épouse Cécilia, c'est donc un animal qui est rentré en campagne, et ca a donné ce que l'on sait, il a réussi à contourner tous les obstacles, à encaisser tous les coups (les plus violents venant de ses proches, comme c'est de coutume) et il est entrée à l'Elysée, pour un mandat très loin de la théorie d'une campagne présidentielle, et aussi loin des beaux discours politiciens. Là, c'est la réalité, la vraie vie, les vrais problèmes, les guerres, les attentats, le chômage, la crise financière, le chômage, etc...

La quête du pouvoir n'ayant presque rien à voir avec son exercice, on saura très vite comment cet animal politique, cette boule de feu, se défendra face aux français, tant il est évident qu'il se présentera à sa propre succession pour 2012. Les trahisons et le fait que beaucoup doutent de lui, seront certainement des élements puissants de motivation, pour cet homme qui a passé sa jeunesse à se plaindre de l'humiliation subie, du manque d'attention de son père, et qui a appris très vite que la meilleure rage, découle des plus profondes blessures.

En tout cas l'histoire continuera de nous dire, et il ya au moins une chose certaine, c'est que 2012 sera une année riche, sur la scène politique française.

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